Interview – Anthony Dablé, joueur français en NFL

Interview du receveur français des Atlanta Falcons.

Croire en ses rêves, croire en soi, croire en ses capacités et mettre en place les moyens nécessaires pour y arriver. Envisager tout cela semble si simple, mais le chemin de la réussite s’avère long et difficile d’accès. Le football américain ne respire que pour un championnat, la NFL. Sport roi au États-Unis, il l’est bien moins en Europe et notamment en France, où il est un peu délaissé. Un français a cru en son rêve outre-Atlantique, Anthony Dablé qui vient tout juste de signer un contrat avec les Atlanta Falcons. Même si rien n’est encore fait, il pourrait devenir le deuxième Français de l’histoire à disputer un match de saison régulière en NFL après Richard Tardits. L’ancien Grenoblois a déjà goûté à la grande ligue de foot US avec un passage chez les Giants où il n’avait finalement pas fait parti de l’effectif final. Une seconde opportunité s’offre donc à lui et en attendant, il travaille dur comme fer pour être à la hauteur de ses ambitions. J’ai eu la chance de lui poser mes questions.

Bonjour Anthony, comment te sens-tu après ta signature chez les Falcons d’Atlanta ?

J’ai attendu tellement longtemps que je suis content que ça arrive. Depuis que je n’étais plus avec les Giants, j’ai passé toute la saison à attendre, à faire des tests, à m’entraîner, donc du coup ça fait plaisir que le fait de pas avoir lâché soit récompensé.

Comment s’est fait le rapprochement entre toi et la franchise ?

Toute la saison ils testent des joueurs. Il se trouve qu’en novembre j’ai passé un test avec eux. Ils m’avaient dit que ça s’était bien passé donc j’ai attendu un retour de leur part et ça s’est fait très vite une fois que la saison s’est terminée. Une fois que la saison régulière est terminé, ils peuvent signer les joueurs pour la saison prochaine et ils m’ont signé très vite, peut-être pour que personne d’autre ne me signe.

Comment tu abordes les camps d’entraînement ?

Les camps d’entraînement se dérouleront en août. Donc d’abord ce sera de commencer avec l’équipe en mars ou en avril, apprendre le playbook et pouvoir jouer à ma vitesse et à mon niveau très vite pour leur montrer ce que je vaux.

anthony-dablé-giants_220516-e1463925105638.jpg

Est-ce que tu as déjà pu parler avec le coach ou certains joueurs ?

Avec le coach oui, parce qu’il était là quand j’ai fais mon test et il est venu me saluer. En ce qui concerne le reste non, puisque les autres sont encore en Playoffs. C’est l’équipe 2016 qui fait les Playoffs et moi je suis dans l’équipe 2017. Donc une fois qu’ils auront signé les 90 joueurs, je ferai parti d’eux, je devrais faire mes preuves et me faire ma place dans l’équipe.

Donc jusqu’en mars/avril, comment se déroule la suite pour toi ?

Je vais m’entraîner, soit dans l’université de mon frère à Sherbrooke, soit à Montréal, soit en Floride comme j’ai fais toute la saison. Une fois que la saison NFL se termine, il y a une petite pause et avant que ça reprenne, c’est là qu’il faut s’entraîner.

Tes entraînements personnels se passent comment ?

Je vais les faire avec ce que je connais : aller à la musculation, courir, faire des exercices pour travailler l’agilité.

Quand je suis à Sherbrooke ou ici je suis tout seul, ou il y a peut-être le quaterback de l’équipe qui va m’envoyer des ballons, ça m’ai arrivé à quelques reprises. Sinon c’est beaucoup plus encadré quand je suis en Floride et là c’est axé sur le physique, l’agilité, la vitesse. Là où je m’entraînais, c’était à XPE Sports (académie qui prépare des athlètes de haut niveau et notamment des joueurs professionnels de foot US, ndlr) à Boca.

Qu’est-ce que tu appris de ton passage aux Giants ?

Au niveau personnel, peu importe les stars de l’équipe, c’est des hommes et des mecs sympas, ils m’ont vraiment bien intégrés. On m’avait prévenu que c’était la compétition mais les gars comprennent que la compétition elle peut être saine et qu’au final, la décision de faire l’équipe n’est pas sur le moment donc tout le monde s’entraîne. Ça ça a été une première surprise. Ensuite au niveau du playbook, je me suis rendu compte que j’étais capable d’assimiler un playbook NFL et que j’étais capable de jouer à ma vitesse. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de vraiment montrer ce dont j’étais capable et c’est pour ça que ça c’est terminé. Mais du coup j’ai développé une confiance et je pense que c’est peut-être pour ça que j’ai eu cette seconde opportunité. Je sais ce qu’il me reste à faire, faire ce que j’ai fais et le faire plus vite.

dable-new-york-giants

Sur Instagram on t’a vu aux côtés d’Odell Beckham Jr, est-ce qu’il t’a donné des conseils ?

Tout le temps. En fait vu qu’on a la même position, c’est avec eux que je passe le plus clair de mon temps, les receveurs des Giants. J’ai passé cinq, six mois avec eux. Tous les jours on avait à chaque fois les meetings. Moi je suis quelqu’un qui apprend en regardant beaucoup, parce que je n’ai pas vraiment eu de coach. J’ai eu des coachs par moment mais en grosse partie, je me suis coaché tout seul parce que j’apprends, je regarde, je m’informe. Si cette méthode là m’a amené en NFL, pourquoi pas la continuer en NFL. Du coup je regarde beaucoup la manière de faire les tracés, je pose des questions, quand je vois quelqu’un qui a du succès sur un jeu ou un certain tracé, je regarde bien ce qu’il fait et j’essaye de copier.

Est-ce que t’a encore des contacts avec certains Giants ?

Il y en a certains, pas tous. Tu ne peux pas être ami avec tout le monde, tu peux pas forcément être ami avec Odell Beckham ou Victor Cruz. Mais il y a Geremy Davis, qui était un pratice squad puis il est parti aux San Diego Chargers, je lui parle toujours, vraiment quotidiennement. Il y a aussi Tavares King, avec qui je parle peut-être toutes les semaines ou on s’envoie au moins un mot toutes les deux semaines. C’est comme dans la vie, il y a des personnes avec qui tu crées des affinités, d’autres moins et puis si les affinités sont fortes, ça continue peu importe la distance. On se félicite, quand Geremy Davis a signé aux Chargers, je l’ai félicité et puis il m’a félicité pour ma signature aux Falcons. On sait à quel point c’est dur, on est tous des compétiteurs à ce niveau-là, on veut tous jouer et être le meilleur. Quand quelque chose comme ça arrive, tu félicites ton ami parce qu’il traverse la même chose que toi.

Qu’est-ce que ça t’a apporté de côtoyer des grands joueurs de NFL ?

La réalité c’est que quand tu es cinq mois aux côtés des athlètes NFL, tu vois leurs assiduités, tu vois leurs méthodes de travail, tu vois leurs techniques sur le terrain et tous les jours tu apprends des petites choses. Il faut être attentif, tu peux leur poser des questions et ils t’expliquent comment faire. Il y a un truc qui était dans mon premier playbook, quand j’étais aux Centaures de Grenoble, c’était « apprend des meilleurs ». Là je pouvais pas être plus proche donc j’ai appris.

Ton expérience en Allemagne (Anthony est champion d’Allemagne et champion d’Europe avec les New Yorker Lions), est-ce que ça t’a aidé pour aborder la NFL ?

Je dirais que oui. En Allemagne c’était la première fois que j’avais un niveau professionnel. C’était la première fois que j’étais payé donc j’avais plus de meetings avec le coach. A ce moment-là, tu as une responsabilité par rapport à l’équipe, tu es un des leaders. L’équipe et le staff comptent sur toi pour faire des jeux. Ce qui change c’est que la ligue est moins médiatisé mais c’est du football, c’est une démarche pro. Exactement comme en Équipe de France, les entraînements sont filmés, on les regarde, on les corrige.

Être en NFL, c’est le résultat de combien d’années de travail ? Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Moi j’ai commencé à 19 ans, en 2007. En novembre de cette année, ça va faire dix ans que j’ai commencé à jouer au foot. La question c’est à quel moment j’ai commencé à croire que je pouvais y arriver. Je pense que c’était en 2011. C’est quand j’ai vu Julio Jones et AJ Green, quand ils se sont fait drafté très haut. Ils ont la même taille et le même poids que moi. Julio Jones est vraiment très rapide mais j’ai la même vitesse que AJ Green. On est de la même année eux et moi et je me suis dis que même si j’ai pas les mêmes opportunités qu’eux, j’ai le physique et un profil qui peut être recherché à très haut niveau. Deux receveurs qui se font prendre au tout début de la Draft, c’est rare, je ne pense pas que ce soit arrivé beaucoup. Avoir le même physique qu’eux m’a donné la confiance de me dire : «ok j’ai le physique, maintenant faut que je prouve que j’ai autant de talent qu’eux ». C’est là que ça a vraiment commencé.

Est-ce que tu es confiant pour ton avenir chez les Falcons ?

La confiance, il faut bien la placer. Est-ce qu’aujourd’hui je peux te dire oui je serais dans les 53 ? J’en sais rien, ce n’est pas moi qui le contrôle. Par contre ce que je contrôle c’est mon implication à l’entraînement, la vitesse à laquelle je vais apprendre le playbook, etc. J’ai confiance dans ce que je vais faire. Ensuite la décision n’est pas entre mes mains donc je ne vais pas me prendre la tête avec ça.

Est-ce que pour toi, la popularité qu’a la NBA en France, peut-être un jour de même pour la NFL ?

C’est fort possible. La NBA ça a commencé à être international quand il y a des internationaux qui sont venus évoluer en NBA comme Yao Ming ou Tony Parker. Si moi je joue, je sais que L’Équipe vont toujours suivre ce que je fais, donc ça va développer un intérêt en France c’est certain. Évidemment, il ne faut pas être seul parce qu’en NBA, il y a plus de quatre ou cinq joueurs français. Ce serait bien qu’il y est plus de français en NFL. Après le basket c’est assez simple à comprendre, le foot US, même si moi je trouve que c’est simple à comprendre, le comprendre reste une barrière. Aux États-Unis c’est culturel, tout le monde connaît les règles.

Donc oui c’est possible, et ça peut passer par moi comme c’est passé par Tony Parker, Joachim Noah ou Boris Diaw.

France-WR-Dable.jpg

Est-ce que ça change quelque chose d’être étranger en NFL ?

Ca dépend comme les personnes te voient. Ils peuvent me parler de mon âge, qu’à 27 ans tu es trop vieux. D’autres personnes le voient comme, tu n’as jamais joué en université ni au haut niveau, donc ce ne sera pas possible pour toi. Après aujourd’hui j’ai 28 ans, la plus grosse blessure que j’ai eu en jouant au foot c’est de me tordre la cheville. Mon corps c’est pas celui de quelqu’un qui a 25 ans aux États-Unis et qui joue depuis qu’il a 7 ans. J’ai beau avoir 28 ans, mais l’âge n’est qu’un chiffre pour moi parce que je ne me suis jamais senti en aussi bonne santé et aussi compétitif qu’aujourd’hui. Il faut tomber sur les bonnes personnes qui te laissent une chance.

Merci Anthony et bonne chance pour la suite.

Alexandre D.

Photos : Evan Pinkus-AP ; AFP ; ifafworldchampionship.org

Advertisements

9 réflexions sur “Interview – Anthony Dablé, joueur français en NFL

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s